Ce n’est pas de l’indifférence : des chercheurs ont mesuré la vitesse à laquelle un chat retient un mot nouveau

Et si votre chat, avachi sur le canapé, l’œil mi-clos, enregistrait bien plus de choses que vous ne l’imaginez ? Derrière son air suprêmement détaché se cache un cerveau étonnamment vif quand il s’agit d’associer un son à une image. Des chercheurs japonais se sont penchés sur cette capacité méconnue et leurs résultats bousculent joliment le cliché du félin qui n’en fait qu’à sa tête. Deux petites expositions de neuf secondes suffiraient à un chat pour retenir un mot nouveau. Oui, neuf secondes. De quoi reconsidérer ces longues conversations à sens unique que vous entretenez avec lui.

Une expérience inspirée des bébés humains pour percer le mystère félin

Les chercheurs de l’université Azabu, au Japon, ont eu une idée maligne : appliquer aux chats un protocole habituellement réservé aux nourrissons. Plus de 30 chats par expérience ont été recrutés, certains vivant chez des particuliers, d’autres dans des cafés à chats. Le principe est simple. On présente au chat deux combinaisons image-mot totalement inventées, sans aucun sens, pendant une phase d’habituation. Puis, dans la moitié des essais, on inverse la donne : le mot associé à l’image A est désormais collé à l’image B. Si le chat a bien retenu l’association initiale, il doit tiquer. Et pour mesurer ce « tic », les scientifiques observent une chose toute bête : le temps passé à fixer l’écran. Plus il regarde longtemps, plus il détecte l’incohérence.

Quand la voix de leur maître capte vraiment leur attention

Le résultat est sans appel dans la première expérience, celle où les mots inventés sont prononcés par le propriétaire lui-même, avec une intonation légèrement appuyée. Les chats fixent l’écran 4,54 secondes en moyenne lorsque l’association est inversée, contre 3,96 secondes quand tout est cohérent. Un écart statistiquement significatif, soit environ 15 % de temps d’attention en plus pour les paires bizarres. Traduction concrète : après seulement deux expositions de neuf secondes, le chat a compris qu’un truc clochait. À titre de comparaison, les tout-petits humains ont besoin d’au moins quatre essais de vingt secondes pour parvenir à un résultat similaire. Le félin apprendrait donc ces associations environ quatre fois plus vite qu’un jeune enfant. De quoi remettre en cause l’image de l’animal égoïste et indifférent au babillage humain. La seconde expérience, elle, utilisait des sons mécaniques et électroniques à la place de la voix. Résultat : aucune différence significative entre les deux conditions. Toutefois, l’étude ne prouve pas formellement que les chats apprennent mieux avec la parole humaine qu’avec des sons électroniques.

Retenir un mot ne veut pas dire le comprendre : les limites d’une découverte

Avant d’imaginer votre chat en train de préparer son concours d’entrée à la Sorbonne, tempérons l’enthousiasme. Retenir une association son-image sur quelques secondes ne veut absolument pas dire comprendre un mot. L’étude ne prouve ni une compréhension réelle du langage, ni une mémoire durable de ces associations. Et la comparaison avec les bébés doit être prise avec des pincettes : les enfants entendaient des mots d’une syllabe prononcés par un inconnu avec diverses intonations, tandis que les chats bénéficiaient de mots de trois syllabes énoncés par leur propre humain de manière un peu théâtrale. Autant dire que les conditions ne sont pas franchement équivalentes. Reste aussi une question ouverte : cette aptitude est-elle innée chez le chat, ou est-ce le fruit de milliers d’années de cohabitation avec l’humain ? Personne ne tranche pour l’instant.

Ce que cette étude change dans notre regard sur le chat

Ce travail s’ajoute à d’autres découvertes qui, année après année, écornent l’image du chat foncièrement indifférent. On savait déjà, grâce à des travaux menés à Tokyo il y a quelques années, que les chats reconnaissent leur prénom et y réagissent par de subtils mouvements de tête et d’oreilles. Voici désormais l’idée qu’ils peuvent, en quelques secondes, relier un son arbitraire à une image. Concrètement, pour les propriétaires, cela suggère qu’il vaut la peine de parler à son chat de manière claire et répétée, en utilisant toujours les mêmes mots au quotidien. Sans en attendre un dialogue philosophique, évidemment.

Alors, la prochaine fois que votre matou détournera ostensiblement la tête pendant que vous lui racontez votre journée, souvenez-vous : ce petit air blasé cache peut-être une oreille très attentive. La vraie question n’est plus vraiment de savoir s’il vous entend, mais plutôt ce qu’il choisit d’en faire.