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Le chat, un nuisible qui mérite d’être chassé ? La question a failli être posée à l’Assemblée nationale

Crédits : iStock / ALFSnaiper

Impensable : en France, en 2020, il est envisageable pour certains de légitimer la “chasse” à des animaux domestiques comme le chat… Loin d’être un canular, cette idée a cette semaine failli être posée à l’Assemblée nationale, avant que le bon sens ne reprenne ses droits. Ce qui n’a pas empêché un tollé dans les médias et sur les réseaux sociaux.

Retour sur une polémique inattendue

Nombreux sont les débats autour de la chasse qui ont divisé et animent toujours la société française. Mais cette fois, il semble difficile de trouver des arguments convaincants ou des excuses… Et la polémique a été à hauteur du choc provoqué par la proposition qui a été faite par des député·e·s, suggérant en dernier recours la mise en place de « battues administratives ».

Le chat, un nuisible qui mérite d’être chassé ? La question a failli être posée à l’Assemblée nationale par François-Michel Lambert, Frédérique Dumas et Martine Wonner, membres du groupe Libertés et Territoires. Si l’on en croit la Fondation Brigitte Bardot, ceux-ci auraient des accointances avec Willy Schraen, actuel président de la Fédération nationale des chasseurs.

Depuis la parution et la propagation de la nouvelle hier, Frédérique Dumas et Martine Wonner se sont toutefois désolidarisées de cette proposition et ont fait savoir qu’elles n’étaient plus cosignataires de cet amendement. Il devait être discuté dans le cadre des propositions de lois discutées aujourd’hui même à l’Assemblée nationale pour le projet de loi visant à améliorer le bien-être des animaux.

De quoi est-il question exactement ? 

Ou plutôt, de quoi était-il question ? En effet, l’Assemblée nationale a avorté la discussion autour de cette question en jugeant l’amendement « irrecevable ». Un soulagement qui n’empêche pas l’indignation. Selon des mots attribués à Ghandi, il est de coutume de dire que l’on « reconnaît le degré de civilisation d’un peuple à la manière dont il traite ses animaux ». 

Remettons donc les choses en place : le chat est un prédateur naturel, c’est un fait. On en dénombre plus de 10 millions à l’état domestique en France, sans compter donc les chats de gouttière. Autant de félins à même de s’attaquer à des espèces dont certaines sont en danger d’extinction.

Les contestataires partisans de cet amendement auront beau citer l’Australie en exemple, un tel parallèle est-il recevable ? Car en France, il existe très peu de données chiffrées et précises qui permettent de dire avec assurance dans quelle mesure les chats mettent, aujourd’hui, d’autres espèces en danger comme ceux cités dans la suggestion d’amendement : « oiseaux, petits mammifères, lézards… »

chat chasse proie
Crédits : iStock

Trouver des alternatives plus intelligentes

Un projet émanant de la Société française pour l’étude et la protection des mammifères (SFEPM) tente de combler ces lacunes via une évaluation du rôle des chats « dans le fragile équilibre entre proies et prédateurs ». De quoi obtenir les infos adéquates et précises en vue de mesures gouvernementales raisonnées et convenablement justifiées.

Dans tous les cas, difficile d’expliquer que l’on puisse tuer des animaux domestiques sous le regard de la loi, en particulier lorsque celle qui est discutée actuellement vise à leur bien-être. Par ailleurs, ne serait-il pas plus productif de lancer et soutenir des campagnes de stérilisation pour enrayer le problème ?

D’autre part, le meilleur moyen de préserver ces animaux considérés comme étant en danger ne reste-t-il pas d’en prendre soin autrement, voire d’en prendre soin tout court au niveau légal ? Pour retourner la question : est-il aujourd’hui normal de considérer l’abattage d’animaux alors même que l’on peut au contraire mettre en place des politiques de préservation des espèces jugées menacées ?